L'Ombre de LeLiGraTe

Shaade,L'Ombre De LeLiGrate...

29 juin 2008

] La Dormeuse...Rainer Maria Rilke [

Figure de femme, sur son sommeil
Fermée, on dirait qu'elle goûte
Quelque bruit à nul autre pareil
Qui la remplit toute.

De son corps sonore qui dort
Elle tire la jouissance
D'être un murmure encor
Sous le regard du Silence.

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Peinture : Eric Wallis ( que je vous invite fortement à découvrir )

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29 avril 2008

Les Lignes de la Main...

µµ

D' une lettre jetée sur la table s'échappe une ligne qui court sur la veine d'une planche et descend le long d'un pied. Si l'on regarde attentivement on s'aperçoit qu'à terre la ligne suit les lames du parquet, remonte le long du mur, entre dans une gravure de Boucher, dessine l'épaule d'une femme allongée sur un divan et enfin s'échappe de la pièce par le toit pour redescendre dans la rue par le câble du paratonnerre. Là, il est difficile de la suivre à cause du trafic mais si l'on s'en donne la peine, on la verra remonter sur la roue d'un autobus arrêté qui va au port. Là, elle descend sur le bas de nylon de la plus blonde passagère, entre dans le territoire hostile des douanes, rampe, repte et zigzague jusqu'au quai d'embarquement, puis (mais il n'est pas facile de la voir, seuls les rats peuvent la suivre) elle monte sur le bateau aux sonores turbines, glisse sur les planches du pont de première classe, franchit avec difficulté la grande écoutille et, dans une cabine où un homme triste boit du cognac et écoute la sirène du départ, elle remonte la couture de son pantalon, gagne son pull-over, se glisse jusqu'au coude, et, dans un dernier effort, se blottit dans la paume de sa main droite qui juste à cet instant saisit un revolver.

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Julio Cortazar _ Cronopes et Fameux, 1962

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18 mars 2008

] La Femme qui attendait...[

Elle était libre. Et sa posture à la mater dolorosa était inventée par les autres. C’est nous qui lui imposions cette attente absurde, très noble, certes, héroïque même, mais dont elle se serait débarrassée depuis longtemps si ne s’était pas posé sur elle notre regard compatissant et admiratif. Ce regard l’avait transformée en une colonne de sel, une jolie stèle funéraire au pied de laquelle se recueillir en soupirant : Oh, les femmes fidèles existent encore ! On avait fait du bafouillis amoureux d’une fille de seize ans un vœu irrévocable. Et d’une femme débordant de vie, une sati carbonisée sur le bûcher de la solitude.

*

Andreï Makine - La femme qui attendait, Seuil 2004

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29 février 2008

] Le Labyrinthe [

Zeus même ne pourrait rompre une seule maille
De ces filets de pierre, à jamais mon destin.
Les hommes que je fus s'estompent au lointain.
Je marche sans arrêt le long d'une muraille
Monotone et haïe. Aveugles carrefours,
Couloirs que mon regard déformant interprète
Comme une lente circonférence secrète,
Parapets lézardés par l'usure des jours.
Je déchiffre parfois dans la poussière pâle
D'anciens visages redoutés; Parfois le soir
Concave m'apporte la voix d'un désespoir,
Un bramement perdu, le sourd écho d'un râle.
Je sais que l'Ombre cache un Autre, dont le sort
Est de parfaire la géhenne d'une étude
Inlassable, d'exaspérer ma solitude,
De convoiter mon sang, de dévorer ma mort.
Fatal, chacun des deux cherche l'autre et le tente.
Que ce soit aujourd'hui, le dernier jour de l'attente.

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J.L. BORGES

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15 janvier 2008

A Nos Classiques !

Don Juan : On aime toujours trop quand on aime vraiment.

L'excès est de rigueur. Et que faites-vous, chevalier ?

Le Chevalier : Je fuis...

Don Juan : Vous fuyez ?

Le Chevalier : Beaucoup !

Sganarelle : La police ?

Le Chevalier (riant ): Moi-même. Mais je ne perds jamais ma trace, je me rattrape toujours. Il n'y aurait que le vin qui me permettrait de m'égarer un instant mais chaque matin, clac, je me retrouve et je me resuis pour toute la journée

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26 décembre 2007

- Et tu sais le meilleur ? demanda-t-il.

 

Silencieusement, je fis signe que non.

 

- La coutume veut que la personne qui vient ici
pour la première fois choisisse un livre,
celui qu’elle préfère, et l’adopte,
pour faire en sorte qu’il ne disparaisse jamais,
qu’il reste toujours vivant.
C’est un serment très important. Pour la vie.
Aujourd’hui, c’est ton tour.

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] Carlos Ruiz Zafon_ L’Ombre du vent [

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Et Vous, quel livre choisiriez-vous afin que jamais il ne disparaîsse ?

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29 novembre 2007

] Chambre Noire [

Chacun sous son clair de Lune   

se possède autant qu'il s'aime   

et goûte au goût de soi-même   

comme un noyau dans sa prune

*

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] Norge [

   

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24 novembre 2007

° Perle °

LII

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Tu retrouvais partout la vérité hideuse,
Jamais ce qu’ici-bas cherchaient tes vœux ardents,

Partout l’hydre éternelle qui te montrait les dents;

Et poursuivant toujours ta Vie aventureuse,

Regardant sous tes pieds cette mer orageuse,

Tu te disais tout bas : " Ma perle est là dedans "

 

***

Alfred de Musset

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21 novembre 2007

° Valente ° ( Traduction de l' Espagnol )

Le tremblement

La pluie
comme une langue aux mousses préhensiles
semble me parcourir,
cherche ma nuque, descendre, lécher l’axe vertical,
dénombrer les vertèbres
qui me séparent de ton corps absent.

Je cherche à présent doucement avec ma langue
la trace persistante de ta langue
plongée dans ma salive.

Je bois, je te bois
dans les demeures liquides
du palais,
dans la radieuse moiteur inguinale,
pendant que ta propre langue me parcourt
et descend
rétractile et préhensile, comme la langue
obscure de la pluie.

La racine du tremblement emplit ta bouche,
tremble, vient t’envahir
et chante germinale dans ta gorge.

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27 septembre 2007

Derrière L'épaule...Françoise Sagan

Là-bas, tout me plaisait et tout me réchauffait l'âme. Je redécouvrais tout. Il n' y a pas d'âge pour réapprendre à vivre.On dirait même qu'on ne fait que ça tout sa vie. Repartir, recommencer, respirer : comme si l'on n'apprenait jamais rien sur l' existence, sauf, parfois, une caractéristique de soi-même inconnue de nous et de nos amies : une endurance, une vaillance, une légèreté, quelque chose qui revient au jour dans les pires moments et sur quoi on ne comptait pas...

Quand ce n'est pas bien sûr, hélas, une impuissance, une lâcheté, un abandon de tout...

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Rodney_Smith

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