L'Ombre de LeLiGraTe

Shaade,L'Ombre De LeLiGrate...

01 août 2008

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Août

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Août est vulgaire. Transparents et mous,

les méduses et les banlieusards échoués s’y racornissent

sur le sable dans un brouhaha glapissant de congés payés

agglutinés. Août pue la frite et l’aisselle grasses.

En août, le pauvre en caleçon laid, mains sur les hanches

face à la mer, l’œil vide et désemparé, n’ose pas

penser qu’il s’emmerde. De peur que l’omniprésence

de sa femelle indélébile, de sa bouée canard grotesque

et de son chien approximatif ne lui fasse douter

de l’opportunité du front populaire.

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-Chronique de la haine ordinaire-

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01 juin 2008

Le mois de juin est autrement gracieux. En juin, les jours sont longs et blonds comme les nubiles scandinaves aux seins mouillés qui rient dans la vague jusqu’à la minuit. En juin, au marché des pêcheurs, on ne se piétine pas encore : on flâne. Derrière le port, la tomate-cerise est pour rien à l’étalage de la maraîchine. On la croque au sel sur le sable avec une branche de basilic et un verre de vin blanc de Brem glacé.

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] Chroniques de la Haine ordinaire [

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10 avril 2008

Apprenons à vaincre la mort
avec un marteau

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(Table - pot de porcelaine avec couvercle - marteau.)

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Cyclopède : Bien qu'il n'y ait plus de saisons et que le prix du super ait encore augmenté, de nombreuses personnes renâclent à l'idée de mourir un jour.
Eh bien (sourire rassurant), j'ai une bonne nouvelle : à partir d' aujourd'hui, plus personne ne mourra. En effet, je viens de faire une importante découverte. J'ai découvert que la mort était provoquée par un virus ! (Solennel) LA MORT EST UNE MALADIE CONTAGIEUSE. (Montrant le pot fermé - nom du virus écrit sur le pot "CURRICULUM TERMINUS".) J'ai isolé ce virus ! Il ne me reste plus qu'à le détruire devant vous, et la mort sera vaincue. Regardez bien.

(Il prend le marteau, soulève le couvercle - roulement de tambour -, le virus de la mort essaie de s'échapper, mais Cyclopède lui fout un coup de marteau sur la gueule.)

Virus de la mort : Aaaaaargh !

Cyclopède : Et voilà ! La mort est vaincue !

Etonnant, non ?

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Desproges

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01 novembre 2007

..." Froid de novembre, cache ton membre ",

Disait Teilhard de Chardin, qui philosophait rarement sans sa soutane en thermolactyl.

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Shaade Sifflote...

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03 octobre 2007

L' Automne...

" Dans notre édition d’hier, une légère erreur technique nous a fait imprimer les noms de champignons vénéneux sous les photos des champignons comestibles, et vice versa.
Nos lecteurs survivants auront rectifié d’eux-mêmes."

Jeunesse

Fond de tiroir

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31 août 2007

Le Cintre...

O vertige de la penderie béante sur l'alignement militaire des pelures incertaines aux senteurs naphtalines...

Je hais les cintres.
Le cintre agresse l'homme. Par pure cruauté.
Le cintre est le seul objet qui agresse l'homme par pure cruauté.
Le cintre est un loup pour l'homme.
Il y a des objets qui agressent l'homme parce que c'est leur raison d'être.
Prenez la porte. (Non. Ne partez pas. C'est une façon de parler.)
Prenez la porte. Une porte. Il arrive que l'homme prenne la porte dans la gueule. Bon.
Mais il n'y a pas là la moindre manifestation de haine de la part de la porte à l'encontre de l'homme.
L'homme prend la porte dans la gueule parce qu'il faut qu'une porte soit ouverte, ou bleue.
Le cintre, lui, est foncièrement méchant.
Personnellement, l'idée d'avoir à l'affronter m'est odieuse.
Il arrive cependant que la confrontation homme-cintre soit inévitable.
Quelquefois, plus particulièrement aux temps froids, l'envie de porter un pantalon se fait irrésistible.
L'homme prend alors son courage et la double porte du placard à deux mains.
Il est seul. Il est nu. Il est grand.
Son maintien est digne, face au combat qu'il sait maintenant inéluctable.
Son buste est droit. Ses jambes, légèrement arquées. Ses pieds nus arc-boutés au sol.
Comme un pompier face au feu, il est beau dans sa peur.
Les portes du placard s'écartent dans un souffle.
Les cintres sont là, accrochés à leur tringle dans la pénombre hostile.
On dirait un rang de vampires agrippés à la branche morte d'un chêne noir dans l'attente silencieuse du poulain égaré au tendre flanc duquel ils ventouseront leur groin immonde pour aboucher son sang clair en lentes succions gargouillées et glaireuses, jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Cependant, l'attitude de l'homme n'est pas menaçante.
Simplement, il veut son pantalon. Le gris, avec des pinces devant et le petit revers.
L'oeil averti de l'homme a repéré le pantalon gris.
Il est prisonnier du troisième cintre en partant de la gauche.
C'est un cintre particulièrement dangereux. Sournois.
Oh. Il ne paie pas de mine.
En bois rose, les épaules tombantes, il ferait plutôt pitié.
Mais regardez bien son crochet. C'est une poigne de fer. Elle ne lâchera pas sa proie.
L'homme bande. Surtout ses muscles.
Il avance d'un demi-pas feutré, pour ne pas éveiller l'attention de l'ennemi.
C'est le moment décisif.
De la réussite de l'assaut qui va suivre dépendra l'issue du combat.
Avec une agilité surprenante pour un homme de sa corpulence, l'homme bondit en avant.
Sa main gauche, vive comme l'éclair, repousse le cintre pendu à gauche du cintre rose, tandis que sa main droite se referme impitoyablement sur ce dernier.
La riposte du cintre est foudroyante.
Au lieu d'accentuer sa pression sur la tringle, il s'en échappe brutalement, entraînant dans sa chute le pantalon, le gris, avec les pinces devant et le petit revers, celui-là même que l'homme veut ce matin parce que, non, parce que bon.
A terre, le cintre rose est blessé.
Rien n'est plus dangereux qu'un cintre blessé.
Dans son inoubliable "J'irai cracher sur vos cintres", Ernest Hemingway n'évite-t-il pas d'aborder le sujet ?
Un silence qui en dit long, non ?
L'homme, à présent, est à genoux dans le placard.
De sa gorge puissante monte le long cri de guerre de l'homme des penderies.
"Putain de bordel de merde de cintre à la con, chié."
Le cintre rose a senti le désarroi de l'homme. Il va l'achever.
Il s'accroche dans le bois d'un autre cintre tombé qui s'accroche à son tour dans la poignée d'une valise.
Il fait noir. La nuit, tous les pantalons sont gris.
L'homme, vaincu, n'oppose plus la moindre résistance.
Le nez dans les pantoufles, il sanglote, dans la position du prieur d'Allah, la moitié antérieure de son corps nu prisonnière du placard, l'autre offerte au regard de la femme de ménage espagnole.
Il souffre. Quelques gouttes de sueur perlent à sa paupière.
Il n'est qu'humilité, désespoir et dégoût.
Quelques couilles de plomb pendent à son derrière.
Il a soif, il a froid, il n'a plus de courroux.
"Donne-lui tout de même un slip", dit mon père.

Pierre Desproges : Textes de scène

(Merci à Nina de m'avoir fait découvrir ce texte...)

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29 juillet 2007

Réquisitoire contre Gérard Vié

Tout au long de cette vie tumultueuse où j'ai donné la joie sur d'innombrables sommiers dont j'ai oublié le nom, j'ai compris qu'on pouvait juger de la sensualité d'une femme, ou d'un homme, bien sûr, mais ce n’est pas tellement mon truc, simplement en observant son comportement à table.

Prends-en de la graine, jeune dragueur qui m'écoute ! Celle-là qui chipote devant les plats nouveaux exotiques, celle-là qui met de l'eau dans le pauillac, qui grimace au-dessus des pieds de porc farcis, qui repousse les myrtilles à côté du filet de sanglier, celle-là crois-moi, n'est pas sensuelle, c'est évident !

Comment voulez-vous qu'une femme qui renâcle devant une saucisse de Morteau puisse prendre ensuite quelque plaisir... avec une langue aux olives ou des noisettes de veau ?

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Shaade sifflotte...

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03 juillet 2007

Euthanasions un kamikaze

Cyclopède : En temps de paix, le kamikaze n'a plus de raison de sauter sur quoi que ce soit d'inflammable. Il s'étiole. Le suicide était le seul but de son existence : maintenant qu'il n'a plus de raison de mourir, il n'a plus de raison de vivre.

Kamikaze : Je dois dire qu'il est difficile d'être plus mal dans ma peau.

    (Il est debout sur un escabeau, sur un pied, et bras tendus pour faire l'avion.)

Cyclopède : Heureusement, grâce à la charité chrétienne, il est possible d'aider le kamikaze à en finir en déclenchant en lui cette irrépressible envie d'exploser sur l'ennemi qui lui valut naguère son immense prestige auprès des gonzesses. Comment ? C'est simple : il suffit d'imiter le cri du porte-avions. Regardez bien. (Avec la bouche, Cyclopède fait :) Pout, pout, pout, pout, pout, ....

Kamikaze (sautant, ailes écartées) : Banzaï !

Cyclopède : Etonnant, non ?

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La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, 1982

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07 juin 2007

Commémorons N' Importe Quoi

Cyclopède : Si vous le voulez bien, nous commémorons ce soir le centenaire de la mort du grand savant français Jean-Pierre Démoral. De même que Louis Pasteur inventa la pasteurisation, c'est à Jean-Pierre Démoral que nous devons la démoralisation, et je dis bravo.

Démoral (Desproges) (sous les vivats de la foule) : Merci... Merci beaucoup... Merci...

Cyclopède : Jean-Pierre Démoral commença humblement ses expériences sur sa logeuse, Mme Brouchard, qu'il démoralisa le 12 Septembre 1847.

Concierge : Y fait beau.

Démoral : Ca va pas durer.

Concierge : Je suis démoralisée.

Cyclopède : Encouragé par ce premier résultat, il découragea un an plus tard le sous-préfet de l'Isère.

Sous-préfet : Y fait beau.

Démoral : Ca va pas durer.

Sous-préfet : Je suis démoralisé.

Cyclopède : Au sommet de sa carrière, Jean-Pierre Démoral réussit même à démoraliser le dernier tsar de toutes les Russies, Nicolas II.

Nicolas II : Y fait beau.

Démoral (sur fond de révolution soviétique : L'internationale) : Ca va pas durer.

Nicolas II : Je suis démoralisé-skaïa.

Concierge : Seule ombre à sa gloire, Jean-Pierre Démoral ne parvint jamais à démoraliser l'escargot de Bourgogne.

Démoral (à l'escargot) : Y va pleuvoir

L'escargot : Hi !Hi !Hi !

Cyclopède (triste sous un parapluie) : Etonnant, non ?

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17 avril 2007

La Minute Nécessaire de Monsieur Cyclopède, 1982

Maîtrisons un escargot forcené

Cyclopède : Les Français aiment les escargots.
    Mais les escargots n'aiment pas les Français. C'est pourquoi les Français doivent se méfier des escargots qui, sous des dehors bon enfant, cachent en réalité une âme de fauve prêt à bondir.
    Heureusement, grâce à l'amitié franco-espagnole, nous viendrons à bout des escargots.

(On découvre un escargot sur tournette.)

Cyclopède (off) : Les espagnols sont un peuple fier et ombrageux, avec un tout petit cul pour éviter les coups de corne. C'est ce qui fait de l'Espagnol le meilleur allié de la France dans la lutte contre l'escargot.

(Scène de tauromachie, émaillée d'onomatopées hispano-colimaçonnes comme : Olé, anda les cornas, Olécolimazonné, é muerto el gastéropodo, viva la muerta des colimazonné, rentra la coquille, ho bigorno ! etc, jusqu'à ce que l'escargot vaincu rentre dans sa coquille. Finir sur matador un genou en terre recevant des roses.)

Espagnol : Quelquéfois mêmé, yé réçois les oreilles y la queue doun colimazonné. Olé.

Cyclopède : Etonnant, non ?

Mini_Pierre

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