11 mai 2008
LI
Ma venue ne fut d'aucun profit
pour la sphère céleste ;
Mon départ ne diminuera ni sa beauté
ni sa grandeur ;
Mes oreilles n'ont jamais entendu
dire par personne
Le pourquoi de cette venue et celui de ce départ.
LII
Nous serons effacés du chemin de l'amour ;
Le destin nous broiera sous ses talons ;
Ô porte-coupe au doux visage, quitte
ta pose paresseuse...
Donne-moi de l'eau, car je deviendrai
de la poussière.
*
Omar Khayyam - Quatrains - Ed. Mille et une nuits
*
05 mai 2008
Quand ils eurent goûté les suprêmes ivresses,
ils cachèrent leurs corps meurtris par les caresses,
Sous les draps qui fleuraient la lavande et la peau,
Et, les yeux fermés, les bras formant étau,
Leurs êtres lentement, sous l' ardeur des étreintes
Sentirent se rallumer les voluptés éteintes.
" Recommençons " dit-il ; et le sourire aux dents
La femme murmura tout bas des mots ardents.
Puis, doux comme un soupir, de sa bouche rose
S'exhalèrent ces mots : " Non ! Cherchons autre chose "
Et comme lui, naïf, la regardait béat...
" Tu ne devines pas ? Donne ta langue au chat " :-)
*)
29 avril 2008
Les Lignes de la Main...
µµ
D' une lettre jetée sur la table s'échappe une ligne qui court sur la veine d'une planche et descend le long d'un pied. Si l'on regarde attentivement on s'aperçoit qu'à terre la ligne suit les lames du parquet, remonte le long du mur, entre dans une gravure de Boucher, dessine l'épaule d'une femme allongée sur un divan et enfin s'échappe de la pièce par le toit pour redescendre dans la rue par le câble du paratonnerre. Là, il est difficile de la suivre à cause du trafic mais si l'on s'en donne la peine, on la verra remonter sur la roue d'un autobus arrêté qui va au port. Là, elle descend sur le bas de nylon de la plus blonde passagère, entre dans le territoire hostile des douanes, rampe, repte et zigzague jusqu'au quai d'embarquement, puis (mais il n'est pas facile de la voir, seuls les rats peuvent la suivre) elle monte sur le bateau aux sonores turbines, glisse sur les planches du pont de première classe, franchit avec difficulté la grande écoutille et, dans une cabine où un homme triste boit du cognac et écoute la sirène du départ, elle remonte la couture de son pantalon, gagne son pull-over, se glisse jusqu'au coude, et, dans un dernier effort, se blottit dans la paume de sa main droite qui juste à cet instant saisit un revolver.
**
Julio Cortazar _ Cronopes et Fameux, 1962
***
26 avril 2008
Jeunesse lève-toi !
Comme un éclat de rire
Vient consoler tristesse
Comme un souffle avenir
Vient raviver les braises
Comme un parfum de souffre
Qui fait naître la flamme
Jeunesse lève-toi
Contre la vie qui va qui vient
Puis qui s'éteint
Contre l'amour qu'on prend qu'on tient
Mais qui tient pas,
Contre la trace qui s'efface
Au derrière de soi,
Jeunesse lève-toi.
Moi contre ton épaule
Je repars à la lutte
Contre les gravités qui nous mènent à la chute
Pour faire du bruit encore
A réveiller les morts,
Pour redonner éclat
A l'émeraude en toi ;
Pour rendre au crépuscule
La beauté des aurores
Dis moi qu'on brûle encore
Dis-moi que brûle encore cet espoir que tu tiens
Parce que tu n'en sais rien de la fougue et du feu
Que je vois dans tes yeux ?
Jeunesse lève-toi !
Quand tu vois comme on pleure
A chaque rue sa peine
Comment on nous écoeure
Perfusion dans la veine
A l'ombre du faisceau
Mon vieux tu m'aura plus !
Ami dis quand viendra la crue
Contre courant toujours sont les contre-cultures,
Au gré des émissions leurs gueules de vide-ordures ?
Puisque c'en est sonné la mort du politique,
L'heure est aux rêves
Aux Utopiques !
Pour faire nos ADN
Un peu plus équitables,
Pour faire de la poussière
Un peu plus que du sable
Dans ce triste pays
Tu sais un jour ou l'autre
Faudra tuer le père
Faire entendre ta voix
Jeunesse lève-toi !
Au clair de lune indien
Toujours surfer la vague
A l'âme
Au creux des reins
Faut aiguiser la lame
Puisqu'ici il n'y a qu'au combat qu'on est libre
De ton triste sommeil, je t'en prie libère-toi !
*
Puisqu'ici il faut faire des bilans et du chiffre
Sont nos amours toujours au bord du précipice,
N'entends-tu pas ce soir chanter le chant des morts
Ne vois tu pas le ciel à la portée des doigts ?
Jeunesse lève-toi !
Comme un éclat de rire
Vient consoler tristesse,
Comme un souffle avenir
Vient raviver les braises
Comme un parfum de souffre
Qui fait naître la flamme
Quand plongé dans le gouffre on sait plus où est l'âme
Jeunesse lève-toi !
Contre la vie qui va qui vient
Puis qui nous perd,
Contre l'amour qu'on prend qu'on tient
Puis qu'on enterre
Contre la trace qui s'efface
Au derrière de soi ?
Jeunesse lève-toi !
Au clair de lune indien
Toujours surfer la vague
A l'âme
Au creux des reins
Faut aiguiser la lame
Puisqu'ici il n'y a qu'au combat qu'on est libre
De ton triste coma, je t'en prie libère-toi !
Puisqu'ici il faut faire des bilans et du chiffre
Sont nos amours toujours au bord du précipice,
N'entends-tu pas ce soir chanter le chant des morts
A la mémoire de ceux qui sont tombés pour toi
Jeunesse lève-toi
*
] Saez [
17 avril 2008
] Vacances [
*
A Bientôt...
*
15 avril 2008
] Norge [
Tous mes sens sont dardés et sonores
comme une lentille de microphone
j'enregistre la chute lointaine d'une goutte d'eau
et le cri impalpable de la mouche
je ressens la pesanteur graduelle
du crépuscule en dépression
je capte les piqûres sucrées de ces parfums
à la pointe des mes doigts,
au tranchant de mes nerfs
et je recueille ponctuellement le tact rêche et effilé
de tes bouts de sein sur mon buste
il est vrai aussi que je t'aime...
*
*
- Plusieurs malentendus -
] les oignons [
12 avril 2008
Vide ?
" Quelque soit la force qui nous pousse vers le vide,
Beaucoup d'entre nous se retournent
Et veulent faire durer le plus longtemps possible
Cet instant de suspension."
**
] A. Audouard [
**
10 avril 2008
Apprenons à vaincre la mort
avec un marteau.
(Table - pot de porcelaine avec couvercle - marteau.)
;
Cyclopède : Bien qu'il n'y ait plus de saisons et que le prix du super ait encore augmenté, de nombreuses personnes renâclent à l'idée de mourir un jour.
Eh bien (sourire rassurant), j'ai une bonne nouvelle : à partir d' aujourd'hui, plus personne ne mourra. En effet, je viens de faire une importante découverte. J'ai découvert que la mort était provoquée par un virus ! (Solennel) LA MORT EST UNE MALADIE CONTAGIEUSE. (Montrant le pot fermé - nom du virus écrit sur le pot "CURRICULUM TERMINUS".) J'ai isolé ce virus ! Il ne me reste plus qu'à le détruire devant vous, et la mort sera vaincue. Regardez bien.(Il prend le marteau, soulève le couvercle - roulement de tambour -, le virus de la mort essaie de s'échapper, mais Cyclopède lui fout un coup de marteau sur la gueule.)
Virus de la mort : Aaaaaargh !
Cyclopède : Et voilà ! La mort est vaincue !
Etonnant, non ?
;;
07 avril 2008
] ... [
" Comme si la plénitude de l'âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l'exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles..."
*
*
] Flaubert [
02 avril 2008
] La Garçonnière [
Allongez vous, enlevez presque tout
Secouez vos bijoux
C'est pas la peine de faire comme si c'était bien.
Taisez vous, mettez vous à genoux
Moi je reste debout
C'est pas la peine d'être à la hauteur de rien.
Penchez vous, relevez vos froufrous
Ne faites pas la moue
Mais dites moi encore " je suis ta putain..."
Regardez vous, en sueur le rose aux joues
Et des bleus de partout
On vous croirait presque passée sous le train.
Rhabillez vous, rejoignez votre époux
Vos baisers aigres doux
C'est pas la peine de faire comme si c'était bien.
Si tu m'aimes un peu, je t'aime un peu...c'est tout
Rentrez chez vous, prenez un bain de boue
Même un bain à remous
Pour oublier à quel point c'était très bien ,oh c'était trop bien.
Rendez vous, près du tout à l'égout
Ne portez rien dessous
c'est pas la peine de faire comme si c'était bien...
**
] Benjamin Biolay [
**
( Merci David de m' avoir fait découvrir cet artiste et plus particulièrement ce morceau )










